e MIDEL n’entend pas ici,
jeter des fleurs ou des dithyrambes quelconques sur la personne du
président de l’Assemblée Nationale ivoirienne. Non, loin de là. Mais en
tant qu’observateur de la scène sociopolitique du pays, il se réjouit
profondément de la qualité de la source du problème. Si on s’en tient à
la pertinence de l’auteur du vent qui balaie actuellement la Côte
d’Ivoire, on ne dira plus que le ver est dans le fruit, mais que le
fruit a fini d’être rongé par le ver, donc dorénavant pourri. Après ce
stade, pour nous, toute autre tentative de détourner la direction du
vent avant le temps de sa dissipation naturelle, reste une petite
plaisanterie de marmots.
Monsieur Pipi-caca ne peut jamais rendre ses enfants propres.
« Quand tu es un homme
d’Etat de cette dimension, tu n’es pas n’importe qui, tu ne parles pas
n’importe comment, tu ne dis pas n’importe quoi, n’importe où et
n’importe quand. Car, avant d’agir, tu dois te poser la question de
savoir l’opportunité de ta déclaration »
Cette déclaration de
Charles Blé Goudé, lors de son passage à Ménékré, contre Mamadou
Koulibaly, son parrain idéologique, sa référence politique et
intellectuelle (il l’a si bien et maintes clamé haut et fort lors de ses
meetings, quand l’heure était encore limpide entre eux dans le ciel de
la refondation), nous tombe dessus comme une belle introduction. Voilà
maintenant l’honneur et l’éminence du numéro II de la République de la
Côte d’Ivoire dans la rue, pour y être dépouillés. L’intellectuel de
haut rang a dégringolé de sa tour d’ivoire, pour devenir un triste
menteur de radio Treichville. Du coup, on se retrouve à se poser cette
ultime question : la Refondation veut-elle moraliser la vie publique en
Côte d’Ivoire ? A supposer qu’elle en ait la volonté, mais peut-on
s’appeler Pipi-caca et songer à rendre les autres propres ? Voilà
l’image de la Côte d’Ivoire, immatriculée Fronpopulairivoirien.
L’eau qui sort de la bouche silure, est toujours authentique.
Soyons un peu inquiet à
défaut d’être honnête ! Voilà une occasion en or, donc unique en son
genre qui s’évapore inutilement, alors qu’on aurait dû la saisir une
fois pour toute, pour se rendre propre d’abord au sommet de l’Etat,
avant d’aller soumettre le reste du peuple au Gopo (l’épreuve de vérité
dans le cadre d’une moralisation de la vie publique). Quand on est
propre, on ne devrait éprouver aucune gêne à sublimer ses éclats au
soleil, à s’enorgueillir de la propreté de sa conscience et de celle de
ses mains. Mais, entre nous, les ailes de la Refondation sont plombées à
jamais par la corruption, ses pieds, amputés par les envies illicites de
faire fortune tout de suite. Alors, au milieu de ce monde en
décomposition spirituelle, apparaît la voix de Mamadou Koulibaly comme
l’appel du Messie à la cause perdue. Non pas qu’on ne l’entend pas, mais
parce que on ne veut pas l’entendre.
C’est là que les dernières paroles de Blé Goudé contre lui,
gagnent en fécondité et en portée. Le président de l’Assemblée
Nationale, théoricien influent du régime en place, n’a pas une gueule si
futée pour dire certaines vérités touchant la vie de la nation qu’il
dirige. A la Refondation, on
préfère confier de telles missions à la rue, à la rumeur, aux ‘’on dit
que’’. Ici, propagateur et auteur inconnu ont un seul corridor de
dédouanement paisible : rien n’est fondé ! Du coup on comprend une chose
dans le bruit des flèches et des vouvouzélas dirigées contre le
président de l’Assemblée Nationale : la réalité des dires de l’homme, la
vérité contenue dans ses paroles. Au FPI, Koulibaly a au moins le mérite
d’être un homme intègre et droit. Certains gestes historiques de sa
part, telle que sa sortie fracassante des négociations de
Linas-Marcoussis, en France au début de la rébellion, ainsi que son
refus de réhabiliter ceux qui ont attaqué la République, Soro Guillaume
et sa clique, en font foi.
Quand l’homme à la barbe
désormais blanche, désabusé par son propre camp, vilipendé ici et là, se
rabat sur le compartiment du pouvoir sous son contrôle, l’Assemblée
Nationale, il tombe sur des députés niaiseurs, des gens incapables de
voir ce que veut le peuple. Sinon, quel est le péché lié à la
composition d’une commission d’enquête dans le cadre de
l’éclaircissement d’une question qui touche la qualité des hommes au
sommet de l’Etat ? Quel est le crime lié au fait que ces hommes et ces
femmes, élus pour représenter le peuple et le défendre, veuillent
démontrer si oui ou non le ministre Tagro Désiré est coupable ? Mais
nous sommes dans un contexte où la législature est ventrale,
intestinale, stomacale. Même ceux qui avaient encouragé Mamadou
Koulibaly à approfondir sa démarche au départ, n’ont pu s’empêcher de le
trahir aux sons des espèces sonnantes et trébuchantes dans les bureaux
frontistes. C’est avec une conscience tachée et enlaidie, qu’ils ont
laissé leur dignitaire dans la gueule de la honte au sommet de sa
tribune d’honneur lors de la prise de décision finale au sein de
l’hémicycle. Quant à l’opposition dans ce concert d’indignation
généralisée, elle joue à la pirouette. Girouette vouée aux mouvements du
vent, elle se laisse entrainée par Laurent Gbagbo. ADO et Bédié ont
toujours trouvé solennellement méritoire que Laurent Gbagbo se déplace,
en chair et en os, pour aller chez eux à domicile. Un déplacement qui
vaut tout son pesant d’honneur et de considération pour leur égo. C’est
ce petit pas du président, ce moindre temps qu’il se donne pour sa
digestion, qu’ils ont appelé honteusement ‘’dialogue inter ivoirien’’.
Une autre trouvaille cancérigène pour nous éloigner des élections. Au
fait, que fait-on de tous ces accords même, depuis les Accra, les
Pretoria, les Ouaga ? Combien de temps avons-nous passé sur les fronts
avec les armes, pour qu’on perde toutes ces années à suivre Laurent
Gbagbo à travers ses accords ? Malheureusement, il a une sorte
d’opposition pour l’accompagner tout bonnement dans cette ballade de
santé.
Le lourd tribut du poids tribal dans la dérive des frontistes.
Qu’on
le proclame ou non, mais si on
soustrait le soutien tribal à un ‘’frère’’ en détresse dans la somme du
lynchage populaire dont est victime actuellement Mamadou Koulibaly, le
reste restera à peine risible, la petite part d’un orphelin dans le
partage du gâteau. Si tel n’était pas le cas, que viendrait faire dans
ce débat le nom de origines maliennes du mis en cause? Une certaine
presse proche de son propre camp en a déjà largement fait échos dans ses
publications. Le Député de Koumassi serait donc moins ivoirien qu’il ne
le pense, lui-même. On cherche ici des voleurs de la République, les
pilleurs du peuple ivoirien affamé et mourant, eux, ils préfèrent nous
emmener là-bas, à la lisière du Ténéré, sur les supposées pistes de
l’arbre généalogique de Mamadou Koulibaly, leur référence idéologique.
C’est que malgré leur apparente
fusion dans le moule de leur Refondation, ils ont les yeux
solidement rivés sur les origines des uns et des autres. Comme des
suspects en conclave, ils s’entourent de prudence à l’endroit du voisin
immédiat, en attendant le jour de la grande dénonciation. C’est
certainement au nom de ce rituel tribal, que Blé Goudé s’est senti
obligé d’apporter son soutien à son grand frère Bété, laissant son idole
patauger seul dans le magma de ses propres déclarations. Le génie de Pkô,
pour ceux qui le connaissent bien, savent qu’il ne peut pas se
soustraire du poids tribal qu’il traîne dans le cadre de la Refondation.
Sinon, pour une simple question de recherche de voies pour faire éclore
la vérité, quelle est la place de ce qu’il a appelé ‘’secret d’Etat’’ ?
On cherche les auteurs d’une malversation au sommet de l’Etat, tu nous
parles de secret d’Etat. Et c’est vous qui êtes prompts à vouloir nous
faire des cours magistraux sur la bonne gouvernance. Yako ! Et quand
Diabaté Bêh se saisit à son tour du dossier, pour apporter une réplique
à Blé Goudé, il finit par étayer la thèse du tribalisme. Il n’est pas
seulement trahi par ses paroles, lui aussi, mais par son élan : il
défend son grand frère en pleine tempête.
On dit que c’est de cette façon-là qu’ils veulent construire
leur démocratie.
Mais la barbe blanche de Mamadou Koulibaly, n’est pas celle d’un bouc de
sacrifice !
J’eusse eu la bonne
doigtée de comparer cet homme ici à un mythique personnage du poète
Titinga Pacéré Frédéric, ‘’le Vieillard à la barbe blanche’’, personnage
illustre qui illumine presque tous ses textes de sa grande sagesse, s’il
ne fût pas fait dignitaire d’un groupe moins sage, difficilement
redressable. On ne jette pas de fleurs à celui qui ne le mérite pas.
Mais la barbe du
professeur Koulibaly n’est pas celle d’un bouc, qu’on doit mener à
l’abattoir. Car, aux creux de cette barbe, les Ivoiriens ont tendu leurs
oreilles et y ont entendu des paroles qui les concernent au plus haut
niveau. Et puis, ce ne sont pas de simples murmures d’inconnus venant de
la rive gauche de la Refondation, mais bien des lamentations désespérées
proférées par le dignitaire numéro deux du régime depuis sa rive droite.
L’abeille sait avec exactitude ce qui se vit dans une fleur de melon. Si
c’est elle qui dit qu’il y a une kyste, mais fendillons-là donc, et tout
de suite ! Aussi, fuir les propositions du président de l’Assemblée
Nationale, n’est-elle pas trop malin, en fait. Le temps fuit sans cesse,
certes, mais le temps de ce type de procès ne finit jamais d’exister.
C’est le temps détenu dans des paumes éternelles du peuple désabusé,
temps immuable et inentamable. Ce temps-là est toujours au présent de
l’indicatif, ce qui va changeant, ce sont les hommes. Koulibaly a plongé
ses doigts dans quelques unes des plaies qui rongent la Refondation,
mais malheureusement elle a ces plaies au beau milieu de sa tête, des
entailles d’une profondeur effrayante. Ce sont ces plaies-là qui ont
toujours eu raison de la vie chien. Qui sait, si, un jour, les mis en
cause viendront d’eux-mêmes, sans contraintes, pour dire qu’on n’aurait
pas dû nous opposer si inutilement aux volontés exprimées du peuple.
Mais en attendant, demandons à Laurent Gbagbo de penser aux souffrances
du peuple pour nous organiser maintenant des élections crédibles.
Pour le
MIDEL (Mouvement Ivoirien
pour la Démocratie et les Libertés)
GOHI Drigoné Faya,
Président